Des playlist pour les soirées à saint Lunaire

C’était l’été dernier, non, plutôt celui d’avant… à moins que ce soit celui de votre jeunesse quand vous aviez 18 ans il y a cinq ou vingt ans… quoiqu’il en soit vous vous souvenez bien de la musique cette soirée là. Vous aviez commencé chez un ami en petit comité, il y avait là la bande habituelle, les vrais de saint Lunaire, ceux qui veulent décrocher la lune, mais cette fois il y avait aussi le cousin qui avait invité deux copines parisiennes, il vous avait demandé s’il pouvait les inviter, vous aviez dit oui, vous dites toujours oui à vos amis, en encore plus à la famille. La maison de ses parents donnait sur la plage de la Fourberie, de la haut entre les pins, vous aviez une vue pleine mer bordée d’un côté par la pointe du Nick et de l’autre, plus au large, par Cézembre. La vue ne laissait pas indifférent les nouveaux visiteurs, ça avait été le cas ce soir là, quand les parisiennes étaient arrivées. Nous, nous étions déjà en train de partager un verre entre nous et de refaire un peu le monde, notre exercice préféré. Il y avait cette bande de copains, la votre, rien qu’à vous, celle avec laquelle vous partagiez vos moments préférés, ensemble, mais aussi plus particulièrement avec un ou deux d’entre eux, vos meilleurs potes. C’était vos amis, ils vous étaient chers.

Ce soir là, le soleil déclinait au ras de l’eau doucement derrière la pointe du Nick qui se détachait en contre-jour. Les rayons rebondissaient sur la surface plane de la mer tels des galets que nous aurions lancés à l’infini. L’eau était lisse en cette fin de journée, sur la plage un pêcheur promenait sa ligne. Déjà dans la maison, la musique était forte, chacun passait à la platine à son tour, pour faire sa sélection de vinyle. Nous avions commencé le blind test musical, le truc sérieux avec lequel personne ne plaisantait et qui nous emmenait régulièrement, que nous soyons deux ou trois, que nous soyons une dizaine. Les deux parisiennes sont rapidement rentrées dans le moule, elles ont trouvé leurs marques, il faut dire que tous, autour de la table du salon, étions cool, c’était la bonne époque, celle où les choses étaient faciles, celle de Jimmy Cliff et de Bob Marley revue et corrigée façon « saint Lunaire » à la mode Daho, à celle de Depeche mode ou encore de Soft Cell. Etienne chantait son week-end à Rome tranquillement. Les esprits s’échauffaient au fil des bières et du rosé qui s’évaporeraient. Chacun voulait passer à la platine pour faire écouter sa sélection. La règle était pourtant simple: pour lancer sa sélection perso, il fallait trouver qui était le groupe précédemment écouté. Cela fumait, les cerveaux étaient en ébullitions, les mémoires travaillaient dur pour être plus rapide, et rapide, il fallait l’être, nous étions une bande plutôt affutée s’agissant des registres de la pop rock de cette époque qui était la notre. Le son montait presque à chaque sélection en même temps que le soleil déclinait sur l’horizon. Les parents n’étaient pas là, les voisins étaient loin, nous étions tranquilles. le vent s’était levé, les branches des pins entamaient leur danse en même temps qu’une des parisiennes, la plus grande, montait sur la table en se déhanchant. Elle avait lancé les hostilités, il y avait Françoise, il y avait Philippine, il y avait Josée et Laurence, toutes se sont levées comme un seul homme pour accompagner Bowie sur cette chanson géniale qu’est « Jean Genie ». Victor était à la platine à ce moment là. Non content de sa précédente sélection, il enchainait sur the Sweet, « Ballroom blitz ». Je crois qu’à ce moment là, nous étions tous debout à remuer des hanches et des épaules, Victor avait poussé le potar à fond, les Wharfdale vibraient, les basses faisaient trembler le plancher. Dehors le silence s’était fait, les vagues continuaient à se déverser sur la grève. Les parents de notre hôte avaient bien précisé, pas d’excès. En tant personnes responsables, nous faisions attention à ne pas dépasser les règles et bien honorer nos engagements, il va sans dire qu’il faut être adultes, de ce point de vue, ses parents pouvaient compter sur nous. Victor a fini par perdre au profit d’une des parisiennes, pas la grande l’autre, elle s’appelait Josie, elle avait de grands cheveux roux très raides et une jupe, très courte. Elle a pris la main aux platines, et nous a envoyé un Marquis de Sade « Wanda’s loving boy » en même temps qu’elle a commencé à danser de façon langoureuse pour le plaisir des garçons. Je me souviens, elle avait de grand talons. Philippe Pascal chantait « it’s a very Wanda weeps so loud I taste her lips with my teeth, now I realize how I bright were her eyes ». Comme elle était « l’invitée », tous d’un commun accord nous avons accepté qu’elle relance un morceau, elle enchainait sur « Nutbush city limits ». Elle remuait des hanches debout sur le canap, les bras levés, elle était dans le rythme dingue de Tina, je crois que les garçons regardaient un peu ses jambes, pas sûr… mais oui un peu… je pense. Paul, un des potes, s’aventura à la platine, il enchaina sur « I wanna be your dog » en enlevant son tee shirt Grateful Dead, à la Iggy Pop. Les filles criaient comme des groupies, Paul avait son quart d’heure de gloire. La soirée était partie, nous n’avions pas encore diné, ce n’était que le début, il nous restait toute la nuit…

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